colère des hommes
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    14/12/2017







    Michel Dongois, 30 Juillet 2012
    L’Actualité Médicale virtuelle - Profession Santé


    « Mieux s’occuper de la santé mentale des hommes évitera peut-être à certains de devenir des bibittes imprévisibles », lance Jacques Charland, en référence aux diverses tueries qui ont fait l’actualité récemment (Colorado, Norvège, Toulouse, Warwick, Guy Turcotte, Magnotta, etc.).

    Le coordonnateur de Déprimés anonymes, l’une des plus anciennes lignes d’écoute au Québec (1979), s’exprimait au sujet de la détresse psychologique des hommes devant la Fondation des maladies mentales. Entrevue.


    Jacques Charland, Profession Santé, 30 JUILLET 2012

    Jacques Charland est infirmier de formation et a travaillé dans le domaine du sida. Il est l'auteur Et ne me dites pas que ma colère est rose!, Les éditions Espoir, 2011.



    Pourquoi certains hommes tuent-ils quand ils sont contrariés, ou même, apparemment, quand ils ne le sont pas?

    Comment le savoir! Souvent, un grand isolement social et une déconnection de la réalité ont précédé le passage à l’acte.

    Il ne faut pas confondre, par ailleurs, la souffrance et sa manifestation, car si sa manifestation est souvent une catastrophe, elle est aussi un obstacle à la bonne compréhension de la souffrance de base, dont l’homme ne s’est pas occupé. Les cas de meurtres sont rares, mais ils frappent l’imagination.

    Alors, dans notre réflexion, nous tentons de refaire le chemin en sens inverse, en dirigeant le projecteur sur le concept de virilité. Il change selon les époques, engendrant autant de souffrance que d’exaltation. Nous essayons de voir aussi, au vu de l’évolution sociale, quelles en sont les composantes potentiellement meurtrières.


    Trois critères

    Et que découvrez-vous?

    Qu’il est minime, le pourcentage d’hommes qui satisfont aux critères flous, mais tacitement admis, de virilité. Surtout, nous constatons l’urgence de les mettre à jour. Prenons les trois critères classiquement utilisés pour qualifier l’homme viril:

    Pourvoyeur. Mais d’ici peu, c’est la femme, beaucoup plus instruite, qui aura dans bien des cas le meilleur salaire. Pourvoyeur n’est donc plus un critère exclusif de virilité. Protecteur. Mais un certain pourcentage d’hommes trahissent d’eux-mêmes cette qualité de protection, en choisissant la voie de l’agression sur leurs proches. On ne sait même pas si le voisin ne s’apprête pas à agresser notre propre fille! Ce n’est donc plus un critère de virilité.

    Géniteur. Mais les couples homosexuels font voler ce concept en éclat. Et que dire des nouvelles techniques de reproduction qui contribuent à évacuer le rôle du père!

    Au vu de ces réalités, nous sommes bien obligés de nuancer les critères traditionnels de virilité. Ajoutons que ce n’est pas vu comme très viril de regarder sa propre souffrance en face et, qu’au lieu de s’en occuper, l’homme préfère donc souvent la transférer sur les autres. Il fait du mal à beaucoup de monde sous prétexte que lui ne se sent plus un homme.


    Au-delà des illusions

    Il faut commencer alors, selon vous, par dépasser les illusions reliées aux critères habituels de virilité…

    Oui, c’est la condition pour espérer voir émerger une nouvelle identité masculine. D’où aussi un nécessaire travail d’auto-éducation de l’homme, ce qui exige un minimum d’introspection. Il faudrait l’entendre nous dire sa souffrance. Oui, qu’il dise de quoi il souffre, à quelle intensité et depuis quand.

    Mais pour cela, encore faut-il qu’il apprenne à parler, à mettre des mots sur ce qu’il vit. Or, l’intelligence émotionnelle de bien des hommes est si peu développée qu’ils parlent par simagrées, par manifestation de violence ou en faisant du bruit.

    La femme a le réflexe de prendre soin, elle n’aura pas, en général, le réflexe de faire mal. L’homme, lui, transfère trop souvent, et spontanément, sa souffrance sur autrui. Mais ce transfert de souffrance, qu’on comprend mal, est de moins en moins toléré et tolérable socialement.


    Humaniser l’homme

    Pourquoi bien des hommes peinent-ils, selon vous, à s’adapter à l’évolution?

    S’ils prennent du retard social, c’est parce que beaucoup s’isolent, faute de savoir comment interagir avec leur entourage. Or, faire soi-même les questions et les réponses, c’est pas fort et ça peut même être dangereux.

    Tous n’ont pas non plus la bonne fortune de rencontrer sur leur chemin les personnes qui vont les aider à s’humaniser. Car c’est bien de cela qu’il s’agit désormais: humaniser l’homme.

    Alors, comment ne pas en arriver à «péter une coche»?

    La folie n’arrive pas d’un seul coup. D’ailleurs, je ne crois pas au coup de folie. Magnotta a commencé par faire mal aux animaux. Le gars savait ce qu’il faisait.

    Guy Turcotte a transféré sur ses enfants la souffrance, entretenue, dont il ne s’est jamais occupé; il avait besoin de soins depuis longtemps, mais aller chercher de l’aide ne lui apparaissait pas viril. Sans doute aussi faut-il, dans ce cas particulier, imputer une part de la souffrance au lavage de cerveau qui fait des médecins des dieux. Espérons que les femmes médecins, qui par leur nombre constituent désormais le gros de la relève, ne reprendront pas ce délire à leur compte.

    Intelligence émotionnelle

    À propos de délire, pourquoi certains y succombent-ils au point de passer à l’acte?

    Il y a là quelque chose de mystérieux. Comment le film a-t-il tourné dans la tête de James Holmes pour qu’il en vienne à se prendre pour le Joker de Batman? Le vide identitaire devait être abyssal pour que ce jeune homme recourre à une idole imaginaire pour remplir sa vie! Personne ne lui a donc parlé dans son sous-sol. Il a coulé en choisissant d’entraîner dans son abîme un maximum d’êtres. C’est à pleurer.

    D’ailleurs, j’ai moi-même beaucoup pleuré après le massacre de Polytechnique, ici même au Québec. C’est à l’humanité même que ces hommes s’attaquent dans leurs actes barbares, et si l’on ne peut pleurer sur leur sort, eux s’arrangent pour faire pleurer un maximum de monde.

    De mentor à monstre, parfois, la ligne est fragile…

    Oui, car l’homme, encore une fois, n’a pas appris à parler. C’est ce à quoi il doit désormais s’atteler. Cultiver l’intelligence émotionnelle lui permettrait, au minimum, de nommer l’émotion qui l’habite, plutôt que de répondre «Je sais pas».

    Alors, trois choix s’offrent à lui, qui peuvent aussi être vus, selon les circonstances, comme autant de succédanés à la virilité :

    • soit il passe par la génitalité;

    • soit il fait du bruit qu’il impose aux autres (exemple classique des motos pétaradantes ou de la musique mise à fond au mépris des autres. Une façon primaire de clamer : «Écoutez, j’existe!»);

    • soit par la délinquance, qui est d’ailleurs devenue, pour certains hommes, un critère moderne de virilité.

    À des degrés divers bien sûr, on a affaire là à trois façons différentes qu’ont certains hommes de transférer leur malaise sur les autres.

    L’être qui ne s’occupe pas de sa souffrance fera inévitablement souffrir les autres, selon vous.

    Oui, et s’il n’y a pas de logique à la souffrance, la souffrance, elle, a une histoire. D’où l’importance de prendre conscience de sa souffrance propre, de l’admettre. Cela implique de s’intéresser à sa propre histoire, car c’est autour de son histoire personnelle que chaque homme s’est tricoté sa souffrance.

    J’aspire au moment où l’homme sera capable d’expliquer et d’exprimer ce qu’il vit. Pour cela, il faut commencer à s’entraider entre hommes, à confronter, à se confronter au beau-frère lors du BBQ, etc.

    Et puis, il faut aider l’homme à se préparer à l’échec. Comment accepter, en 2012, qu’un ado se suicide àsa première peine d’amour!


    Rituels

    Vous insistez aussi sur l’importance des rituels identitaires…

    Il y a bien des façons d’être un homme et, de tout temps, l’homme a eu recours aux rituels pour solidifier son identité. Mais aujourd’hui, ces rituels s’estompent et l’identité masculine est trouée comme une passoire. Les rituels qu’il tente de recréer sont souvent asociaux, comme autour du bruit et de la délinquance.

    Il est temps par ailleurs que les pères comprennent l’importance de la place vitale qui est la leur auprès de leurs enfants. Qu’ils l’assument au mieux, à leur façon, et vite. Il faut que le père revienne à la maison.

    Voyez-vous des signes d’espoir?

    Bien sûr. Prenez le carré rouge, avec Gabriel Nadeau-Dubois et Léo Bureau-Blouin. On leur tape dessus, car c’est inhabituel au Québec de voir de nos jours de jeunes hommes articulés élever la voix, de jeunes hommes que Papa Charest veut remettre à leur place.

    Autre signe d’encouragement : la multiplication des groupes de discussions (Les hommes de coeur, Réseau hommes Québec, etc.).

    Devant les difficultés croissantes de la vie moderne, hélas, beaucoup d’êtres s’anesthésient. Ça leur prend alors des moyens de plus en plus extrêmes pour se sentir vivants. Et puis, tous, nous sommes trop concentrés sur le verbe «avoir», pas assez sur le verbe «être».

    Enfin, on paie pour tout le narcissisme qu’on a nourri pendant des siècles chez l’homme. Il est temps d’amener chacun à se lier aux effets de ses actes, ce que la justice, hélas, par exemple, tarde à comprendre.

    Jacques Charland, Profession Santé, 30 JUILLET 2012

    Enfin, on paie pour tout le narcissisme qu’on a nourri pendant des siècles chez l’homme. Il est temps d’amener chacun à se lier aux effets de ses actes, ce que la justice, hélas, par exemple, tarde à comprendre.

    
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