colère des hommes
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    14/12/2017



      La cinquantaine Le carré de mon enfance... Monsieur Jules

    Le carré de mon enfance


    Moi pis ma « gang », du carré de mon enfance

    Je ne sais plus par quel hasard ce matin encore, entre le sommeil et l’éveil, des bruits lointains mais familiers envahissaient tous mes sens. C’était étrange et bon à la fois. Une odeur très ancienne voulait se greffer à mon oreiller. On aurait dit qu’une page du passé insistait pour me tirer de ma léthargie. De nombreux souvenirs faisaient surface pour m’obliger, enfin, à ouvrir les yeux.

    À peine levé, le café coulait déjà et voilà que j’atterrissais au beau milieu de ma ville natale. Au cœur d’un quadrilatère, juste là, en bas de la côte : La Côte à Panneton! Un ancien faubourg rongé par la mine aujourd’hui. C’est incroyable, il est là! Le carré de mon enfance est ressuscité!

    Ce que les adultes appellent des « shed » pour nous c’est notre Hôpital. Un centre de grands blessés, sur trois étages. À tour de rôle, un de nous est nommé pour faire le guet. À l’improviste une des mères, obligée d’utiliser son carreau de corde à linges, peut s’amener et tout faire chavirer.

    Aucun de nous peuvent se payer le luxe d’être pris... culottes baissées!

    C’est du premier, l’étage des premiers soins, que je vous parle. J’examine les lieux. Rien n’a changé! C’est curieux, je ne réalise qu’aujourd’hui seulement, d’où m’est venu que chaque odeur puisse jouer un rôle si particulier dans ma vie.

    Durant la nuit, on a dû recréer ce décor et ce matin, l’air de rien, c’est l’odeur qui m’a conduit derrière la boulangerie. J’y suis! À côté du dépotoir de l’épicerie, juste à deux pas de la Patate Frite! La Cabane où on y fait frire nos tentations. Presqu’en face, c’est le Poste de Polices. Le seul endroit qui m’avait, naivement, semblé être sans odeur.

    Quelques années plus tard, la vie fera en sorte que je puisse découvrir à ma première « job » à l’Hôtel, que la forte odeur du tapis était imprégnée aussi de la plus puante de toutes. Le service aux chambres m’aura forcé de constater que sous les draps grouillaient souvent ceux qui étaient sensés, en tout temps, nous protéger.

    « Si tu veux trouver les vrais coupables! T’as juss’à suivre l’odeur! » ...Me disait souvent mon père.

    Il y avait là de quoi faire réfléchir. Mais en ce temps-là, je n’étais encore qu’un enfant parmi les nombreux autres et n’avais pas la moindre idée à quoi je pouvais reconnaître l’odeur que je sais, aujourd’hui, être celle de la corruption.

    Mais revenons plutôt au temps du peu d’innocence qu’il me reste. Les Pouliot, les Dubois, les Turcotte, les Leclerc d’où, j’entends l’élue de mon cœur me marcher sur la tête et nous... au premier. Tous dans le même bloc! Imaginez, la fourmilière d’enfants!

    Chacun son tour, les yeux fermés, le front sur le poteau, après avoir compté jusqu’à cent, nous devions, en vain, retrouver quarante-deux enfants. C’était pas de la tarte! Une telle trâlée en décourageait plusieurs et nous devions, plus souvent qu’autrement sortir de nos cachettes et nous rendre, à la venue de la noirceur.

    Tiens! Je constate avec stupéfaction, que nous évitons tous un coin! J’y vois là, je crois bien, la raison de cette poussée de souvenirs.

    Est-ce possible d’avoir été si petit?

    À l’angle nord-ouest de notre territoire, y habite au sous-sol un danger constant, la géante de mon enfance, la nouvelle femme de « Tit-Bas-du-Cul », la Flacatine!

    Lui, son surnom lui venait du fait qu’il était bas sur pattes. Elle, le flic-flac de ses godasses nous avertissait, heureusement, de ses intentions. Quand elle en avait assez de nos turbulences, j’en tremble encore, la terre remuait sous ses pieds lorsqu’à notre poursuite elle décidait de se lancer!

    Ah!... Comme c’est bon de me rappeler tout ça!...

    ...L’été, ma saison préférée, quelle belle matinée! Je nous vois encore tous bien concentrés à notre sérieux concours. C’est notre semaine de dessins au sol. Chacun à son chef-d’œuvre, enfin sages, des lamentations et des sanglots ont, soudainement, attiré notre attention. La sirène des policiers puis, celle des ambulanciers nous écartent, abruptement, de nos talents de dessinateurs.

    Tous rendus coin nord-est, une scène comme on en voit seulement dans les vues nous attend. Tit-Bas-du-Cul pleure... à plat ventre dans l’escalier. Du sang coule. La Flacatine elle, sa main gauche menottée la tient prisonnière à celle d’un policier! Pendant que de la droite, elle se cache le visage et s’empresse de s’installer dans le « char » des condamnés.

    Nous avions vu très souvent Tit-Bas-du-Cul filer à toute allure vers le Poste de Polices, sans doute pour y chercher refuge durant les nombreuses crises de sa Bien-Aimée mais! Aujourd’hui, les griffes puissantes de ce monstre violent ont pu le rattrapper et ont su n’en faire qu’une seule bouchée.

    Quoiqu’à nos yeux, la situation nous paraissait vraisemblablement contraire à ce qui se produisait d’ordinaire... À qui voudrait l’entendre, par les temps qui courent, nous pourrions nous vanter d’avoir connu le premier homme battu de la planète!...

    Qu’à cela ne tienne! Nous, les Don Quichotte téméraires, les Jeanne d’Arc prêtes à être sacrifiées, les Roy Rogers! Héros de tous les temps! Durant les quelques semaines de son absence, vivons une joie inespérée! Bravant le mauvais temps, armés jusqu’aux dents! Fusils à l’eau, tomates pourries! Et boucliers faits de boîtes « Saucisses Fédéral vides », une seule mission une seule cible! Les vitres de la Flacatine Maudite!

    À son retour, elle en a bavé et frotté jusqu’à épuisement! Elle a fini par lever le drapeau blanc! Et...alerté tous les parents...

    C’est là que quarante-deux bonnes taloches ont retenti jusqu’au firmament...

    À chacune de nos furtives visites du côté de son bout de cour, le monstre aux cheveux gras, allergique à tout ce qui bouge, ne manque jamais d’ajuster ses gants nous signifiant qu’elle se tient toujours prête à entamer le combat. Puis, nous fixe haineusement sans cligner surtout... Mais, elle ne sort plus! Elle ne sortira plus, non, jusqu’au fameux jour de son déménagement.

    Début automne, la nuit est fraîche, un troupeau de voyeurs formé par tout le voisinage se colle pour se réchauffer et observe...

    ...Devant nos yeux, se déroule une chorégraphie exécutée avec perfection. Une tribu de monstres géants, impossible à différencier les uns des autres, se passe les objets, à la chaîne, à toute vitesse, en silence...

    En moins de temps qu’il nous aura fallu pour le réaliser, le camion sera déjà parti, rempli d’un mystère dont nous aurions bien voulu avoir le pouvoir d’en suivre les traces.

    Je me souviens que pour nous y faire et comprendre qu’il était devenu inutile d’accélérer le pas à nos nombreux passages au coin devenu vide de notre « réserve », il nous en aura fallu du temps!...

    Un coin vide oui, ...disparu à jamais.

    Absorbé, j’étais resté devant le contenu, devenu froid, de ma tasse encore pleine. À lui seul, ce souvenir aura su m’enseigner qu’après avoir bravé la peur; il est plus difficile encore, ...de traverser l’ennui...

    
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