colère des hommes
Conférence sur la condition masculine et la santé mentale. Consultations en créativité auteur, conférencier et consultant en créativité
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    14/12/2017



      La cinquantaine Le carré de mon enfance... Monsieur Jules

    La cinquantaine





    En voilà assez! Tout le monde va penser qu’arriver ici pour faire ce Voyage, dans la peau d’un homme, c’est naître avec une maladie! Non, au contraire, plus je vieillis, plus je suis fier d’en être un mais justement, je vieillis. Un sujet que j’évite d’ailleurs depuis trop longtemps.

    Janvier deux mille deux, le début d’une année lourd de sens pour moi, dehors il fait moins sept, l’hiver tarde malgré tout. Je me demande ce que février nous prépare. Bien installé devant mon ordi, j’attaque enfin, ce bien sensible sujet. Je mouille distraitement mes lèvres de ce bon café frais coulé, coupé de déca bien sûr, à mon âge. …Trop d’idées m’envahissent. Je me sens fébrile et partagé par tant d’émotions. Mon esprit bondit dans toutes les directions et décide brusquement d’atterrir en Inde.

    Mon cœur se souvient… Ma prière se rend au secours de ma grande amie pour que tout se passe bien. Un troisième séjour là-bas, qu’elle jugeait nécessaire, pour accompagner son beau Cachemiri à l’étape ultime, la Rencontre tant attendue! Après tout ce fouillis administratif, peut-être reviendra-t-elle enfin, avec son mari…mon ami sous le bras!

    Hâte!… Te connaître ne suffit plus.

    Quel vertige!… Mon esprit m’amène, soudainement, au-dessus du grand dortoir. Mon cœur tremble de froid… Ma prière se rend au secours de ma sœur déjà inhumée. Elle succombait à de grandes souffrances, le mois dernier, dans la jeune cinquantaine. Je vois mes larmes tomber une à une sur ce monticule de terre gelée. Ces perles de glace attendront la douceur du printemps pour enfin lui toucher, l’abreuver, l’envelopper…

    Ah!… Je prends le temps de respirer…Le chaud contenu de ma tasse me ramène devant l’écran lumineux. Je profite de ce congé, consacré à la fête de mon chum, pour écrire quelques lignes. Mon cœur se gonfle… Ma prière s’intensifie et s’envole aussitôt, pour que notre amour reste vivant et plein de surprises!

    Gratitude! …J’apprends à te connaître.

    …Apprendre…Nous ne faisons que ça!…Ici-bas. Apprendre à terminer, à transformer, à sublimer. Il m’aura même fallu, à vingt-cinq ans, apprendre à faire le deuil de l’hétérosexualité! S’agirait-il de ce potentiel de résilience qui consiste à cultiver l’art de rebondir dans la vie? Ou simplement courir après le trouble, dans une société qui cherche à tout niveler.

    Un quart de siècle plus tard, je saisis l’occasion pour faire l’éloge de la cinquantaine…Gaie! Par-dessus l’marché! …Bien averti que je touche une zone névralgique dans la communauté. Le dire, que nous existons et que nous refusons de se voir comme des passés-date, des jetables après usage! Une gang de folles-finies, de vulgaires sacoches ou pire encore!…Mis au rang des pédophiles! Je me sens concerné et très préoccupé par l’éternelle lecture superficielle que l’on fait du milieu gai. Lors de leur passage dans le Village, à nos feux d’artifices annuels, le vocabulaire utilisé en parlant de nous, traduit bien le malaise toujours palpable pour une bonne partie des couples straight. Bienvenue dans le monde des gârlés pis des çannés! …Très distrayante, la petite visite au zoo! Vous ne pensez pas! Ça égaie un été en tout cas…

    L’envie de m’exprimer haut et fort, sur un sujet comme le vieillissement au beau milieu de cette jungle encore très adolescente qui entretient un culte maladif pour le corps et voue une dévotion névrosée pour la jeunesse, me ronge depuis très longtemps. En plus! Il semble, qu’on ne puisse vraiment pas passer à côté. Le décompte se déroule bel et bien. Cette année, je glisse à mon tour mois après mois, vers cette cinquième décennie. Déjà rendu là! Je me pince croyez-moi et juste essayer de me faire à l’idée de perdre un allié jusqu’ici précieux, me semble impossible à imaginer car je vivais avec la naïve impression que, pour moi, le temps s’arrêterait à jamais. Je baisse les bras, bien à contre-cœur, devant cette impitoyable loi de la nature. Que je doive me plier à cette maxime populaire qui dit que le temps passe trop vite, me donne la chair de poule, excusez, de coq! Ah!…Pis pour les troubles d’identité, il y a de quoi s’ouvrir les veines, parfois. Quand va-t-on cesser d’utiliser un langage féminin pour parler des gais? Je suis un homme… réparé… à tout considérer… oui, finalement…

    Cette cinquantaine…devenue maudite pour certains, injuste ou prématurée pour d’autres voire même indécente je dirais, dans mon cas… Indécente, la cinquantaine d’un gai ben ordinaire, heureux et en santé, juste aux prises avec un immense goût de vivre et une envie de défier l’inévitable chute. Pourrons-nous un jour, se révéler ouvertement gai sans vivre la culpabilité de jouir pleinement de sa santé et espérer que l’on cesse d’y associer obligatoirement, ce syndrome d’immunodéficience acquise? L’argent rose gagne en noblesse mais notre sang reste toujours potentiellement meurtrier pour Héma Québec! Ceci dit, ma prière solidaire, se porte chaque jour aux secours des miens, cruellement atteints. Quand je soufflerai, le treize novembre prochain, sur ce lot de chandelles, je me promets bien d’offrir affectueusement une pensée à nos trop nombreux et trop jeunes disparus. Je vais faire le bilan, accompagné de mon chum. Nous avons l’intention d’aller à New-York. J’irai, par la même occasion, faire une prière à Ground Zero!

    La cinquantaine annonce aussi, une belle promenade dans les montagnes russes! Je me demandais ce que février me préparait! Et bien, un appel du bout du monde, en début de semaine, pour m’apprendre qu’enfin! …Ma grande amie rentrera début mars avec son mari. Quelle belle nouvelle!

    Hier, en revenant du cinéma, un message nous attendait. Mon cœur devine le pire… Une fièvre intense force une amie, chère à mon cœur, à s’abandonner et à retrouver les bras de son ange gardien, amenant avec eux notre amitié, pleine de vingt-neuf belles années. Souffrir d’un mal chronique, une vie durant, pousse certains êtres à devenir des hommes et des femmes d’exception.

    Bon! À part de te plaindre! À quelle histoire veux-tu en arriver au juste? Ah oui, la cinquantaine et l’histoire d’un no-body qui meurt d’envie de célébrer la vie, la santé et la maturité! Ben voyons, réveille! Ça fait des millénaires qu’les gais sont su’l’party!…La musique à tue-tête! Ces enculés qui trip ou sur les poppers! Ou sur l’ecstasy! Veux-tu bien me dire qui va t’écouter? Mon Dieu! Qui va te lire surtout? Ce singulier discours un tantinet homophobique s’adresse peut-être à quelques-uns d’entre-nous mais, ne me concerne pas! Cette manie de tout généraliser fait de nous des virés su’l’top! Attention! On ne vit pas tous avec le troisième œil irrité de trop de passions!…Toutes aussi anonymes qu’éphémères! J’ose croire qu’il en reste au moins deux ou trois qui ont pu épargner leur lucidité faute d’avoir pu sauver leur virginité, oh pardon! Je veux dire leur innocence car il faut bien le dire, on ne demeure pas très longtemps naïf dans cette communauté…

    Combien d’autres comme moi, se sont découverts sur le tard et par moments ont regretté ce choix ou ont douté profondément du sens d’une telle vie! J’ignore ce que serait devenue ma vie si j’avais persisté dans une orientation qui n’était pas la mienne. Mon rapport avec le corps ressemblerait à quoi? Je ne le saurai jamais… Mais maintenant, quand à chaque matin, j’ouvre les yeux et qu’un adorable trésor dort paisiblement à mes côtés, je souhaite de goûter et d’aimer très longtemps ce précieux cadeau de la vie. Je ne remets plus jamais ce choix en question et me vois contraint d’avouer qu’à travers un amour-complice, j’évolue beaucoup mieux. À mon actif, quatre longues relations amoureuses, celle-ci est ma troisième homosexuelle. Je n’en regrette aucune. Elles m’ont ainsi bâti. John Lee dans « Oser être Homme » dit que vaincre sa peur de l’intimité ouvre la porte à une meilleure compréhension de l’autre…à une possible compassion. J’y crois. Je crois aussi que si la passion s’atténue, elle invite peut-être à transformer cette intimité... L’aventure continue certes, mais autrement.

    …Un beau rayon de soleil vient d’apparaître. Il me courtise. J’adore la lumière du matin! Pour écrire, c’est parfait. Mon cœur se réchauffe…. J’en profite pour accompagner cette injection d’énergie d’une bonne gorgée de mon stimulant élixir…

    …1952! Milieu février, mes parents me concevaient dans la nuit du treize au quatorze, vous vous souvenez! Pas étonnant que mon aversion, à tous ces concepts-moutons d’amours-bonbons, augmente! Tandis que je me développais, bien au chaud, dans le ventre da ma mère, dehors, après les horreurs de la guerre, une année de contrastes intenses suivait son cours. À la une! La barbarie côtoie de près l’apparition d’une merveille technologique! Cette année-là, l’humanité est bien servie! La paranoïa communiste atteint son paroxisme, Ethel et Julius Rosenberg le paient, injustement, de leur vie! Le petit écran lui, prend la vedette et fera sans tarder son entrée dans tous les foyers… Retenez-moi! …Je me vois sur le point de succomber à la tentation de vous parler de la cinquantaine comme du milieu de ma vie et vous avouer que je nourris, depuis longtemps, le rêve de voir 2052, imaginez!…

    Je vous entends me traiter de fou! Oké, oké!… Si bagage génétique et mère-nature sont au rendez-vous bien sûr! Puis, en évitant les excès, ce rêve me semble réalisable, non!…

    Jusqu’où pousserons-nous la bêtise? Bibittes géniales et barbares que nous sommes! Voilà la véritable intrigue qui pique ma curiosité jusqu’à demander à la vie de pouvoir vivre centenaire!… Une bonne partie de la vie se trame de circonstances significatives mais surtout de nos décisions qui confirment notre détermination. La vie obéit mais je suppose qu’elle se lasse de nos perpétuelles prières de demande…

    Chose certaine et nous les gais, le savons mauditement bien, l’expérience la plus tentante, la plus à notre portée tourne, il va sans dire, autour du corps! Notre vie extérieure, on s’en occupe! Plaire!…On sait comment faire! Mais vieillir, nous fait peur en tit-pépère! Une belle enveloppe attire, facilite les contacts et tant mieux! Profitons au maximum de notre contenant! Faire l’expérience de notre vie intérieure, par contre, nous connecte au contenu et confronte le vide que l’on camoufle par un contenant souvent très beau mais vide. Ce vide!… On en rit, on s’en moque! On joue au gars plein qui ne manque de rien! La belle façade du gars au-dessus de ses affaires! Quand arrive un stresseur impromptu comme celui d’affronter la cinquantaine, c’est la vie toute entière qui risque d’y perdre son sens… Nous savons pourtant très bien que vieillir et mourir composent notre finalité, préparés ou non…il faudra s’y résigner.

    Le besoin criant de s’occuper de ses rêves, de cultiver sa quête, de s’entourer de relations nourrissantes, de propager l’espoir et de trouver un sens à tant de souffrances dans le monde, devient essentiel! C’est sans aucun doute la principale raison qui m’a poussé à me mettre sur la réalisation de cette MOSAÏQUE!

    J’ai souvent mal au monde entier. Vous vous en êtes sûrement rendus compte et opposé à cela, je fais partie de ceux qui ne se privent d’aucun plaisir. Les plaisirs charnels y compris mais, sans m’y perdre… La plénitude que je ressens après l’amour comme après une méditation, maintenant s’égale en intensité, une des récompenses de la cinquantaine peut-être bien… « Sautez au creux de cette expérience, les yeux ouverts et tout prendra son sens! »… Nous disent les Maîtres Orientaux…

    Tout au long de notre vie, pour avoir subi chacun notre lot d’abus ou de rejets, on a appris à compenser, à agir instinctivement pour notre survie. Là où je veux en venir est que si le corps reste notre seul outil de communication, le combat envers un stresseur ou un envahisseur violents pourrait nous inciter à entretenir avec lui un rapport obsessif et compenser par un souci démesuré de perfection. Vous me suivez! Cette compensation ouvre la voie à une possible décompensation. Pour le mot décompenser, le dictionnaire dit : « effondrement brutal des défenses chez un sujet confronté à une situation difficile ou dangereuse ». Cette définition, ne s’applique-t-elle pas bien à notre réalité!…

    Très peu de personnes sortent indemnes de leur première décompensation, tant physique que psychologique, compte tenu de la prise en charge médicale et de l’instabilité psycho-sociale qu’elle entraîne…

    Si on décidait enfin, d’assumer nos responsabilités en apprivoisant le vide en apprenant à conjuguer le verbe « être » qui lui, contient ce que l’on a de meilleur et de profondément humain.

    En sachant tout cela, est-ce que vieillir s’annoncerait moins repoussant?

    Heureusement, quelques beaux exemples gais d’un âge certain refont l’image de cette inévitable grimace de la vie. Pour un bon nombre parmi nous, l’homme est chasseur. C’est la testostérone qui veut ça paraît-il! Si je me permettais de faire un souhait pour mes cinquante ans ce serait, vous vous en doutez bien, que l’homme sorte du mensonge et devienne aussi conscient de son comportement que de son apparence!… Aussi conscient de son être que de ses avoirs!…

    Très curieux de savoir ce que veut dire « vieillir » aujourd’hui, pour les générations qui me suivent, j’ai demandé, comme ça, de manière informelle à quelques collègues de travail ce qu’ils pensent de la cinquantaine et voici ce qu’ils m’ont répondu : Karyne, 22 ans, célibataire-hétéro dit : « qu’à cet âge, les gens ont atteint un équilibre de vie et l’image qu’ils projettent démontre quelque chose de très sain et ce, à tous les niveaux! Les relations qu’ils entretiennent sont solides, leurs habitudes de vie sont énergisantes et leur état physique transmet le message qu’ils sont bien dans leur peau! » Karl, 27 ans, vit en couple-hétéro et a la chance d’être le jeune père d’une mignonne petite fille de dix-huit mois. Pour Karl : « la cinquantaine est une belle combinaison de dynamisme et de sérénité. L’être se connaît mieux, reconnaît plus facilement ses limites, maximise ses forces et utilise ses expériences antérieures comme moteur pour continuer de grandir ». Karl suppose que l’énergie n’est peut-être plus ce qu’elle était durant la vingtaine ou la trentaine mais elle est mieux canalisée au lieu d’être éparpillée.

    Je ne m’attendais pas à cette vision on ne peut plus idéaliste car, dans ma jeunesse, le regard plutôt ingrat que l’on portait sur les vieux mon-oncles de cinquante ans se passe de commentaires! Un questionnement continue toujours de me hanter. Quand tous ces beaux petits vieux séducteurs, mon chum et moi compris, devrons faire face à une perte graduelle d’autonomie, où irons-nous? Que ferons-nous? Est-ce qu’encore une fois le mépris réapparaîtra dans nos vies? Avec la récente fondation du Parti Démocratie Chrétienne du Québec (D.C.Q.) et leur propagande, à peine sortis du bois, devrons-nous déjà y retourner? Leurs dirigeants, homophobes endurcis, s’opposent à la promotion de l’homosexualité dans les écoles, dans la société et à la tenue des Jeux gais 2006 à Montréal! Mon cœur en frissonne…

    De quoi nous accuse-t-on au juste? De libertinage! Que nos amours sont contre-nature et ce, au nom de la sainte reproduction! Je tiens à rappeler que cette société « hétéro » me semble être toute autant occupée à se détruire qu’à se reproduire!…Et pendant que tous ces beaux petits soldats dans leurs uniformes de meurtriers jouent à la guerre, devrions-nous vivre avec la culpabilité de nos mœurs? Je vous entends me servir l’argument du sida…Une sexualité protégée est devenue non seulement l’affaire d’un individu mais, un choix de société! Évoluons-nous au sein d’une société responsable? Ça! On se tue pour nous en convaincre mais… en sommes-nous convaincus!…

    Pour toutes ces raisons, j’y vois de plus en plus l’utilité de notre Grandiose Parade Annuelle et de ne plus se contenter de la regarder passer mais surtout, d’en faire partie! Cette lucidité et cette conscience pointues que la cinquantaine amène me troublent parfois jusqu’à la moelle des os…Je ferais mieux de me mettre à réfléchir à ce que la prochaine décennie me réserve, devant ma tasse… hélas, déjà refroidie.

    …Ah oui les tit-gars!… Avant de vous faire la bise, laissez-moi le plaisir d’un dernier clin d’œil. Je veux juste ajouter que faire tourner les têtes n’est pas qu’une question de jeunesse et de beauté; c’est une question de charisme aussi… Le corps vieillit mais le charisme gagne à mûrir, lui! Pensez-y!…

    Excusez-moi, ça me démangeait, il fallait bien que je vous cuisine une petite morale pour la fin! .

    
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