colère des hommes
Conférence sur la condition masculine et la santé mentale. Consultations en créativité auteur, conférencier et consultant en créativité
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    14/12/2017





    Faut-il réagir différemment à la détresse masculine?

    Le 13 juin prochain aura lieu la Journée de sensibilisation à la santé mentale des hommes. Peut-être vous demandez-vous pourquoi une journée a été inaugurée pour la santé mentale masculine. Tout simplement parce que la recherche et les expériences d’intervention auprès de populations féminines et masculines démontrent que le genre a une influence sur la façon dont les individus vivent leur détresse, l’expriment et tentent d’y trouver une solution.

    Le genre… Qu’est-ce que c’est déjà?

    Un de nos articles précédents a déjà exploré la notion de genre, qui se différencie du concept de sexe : « Alors que le sexe fait référence aux différences biologiques et physiologiques entre les hommes et les femmes, le genre, quant à lui, réfère aux aspects non-physiologiques de l’identification d’un individu comme étant homme ou femme. Le genre est un construit culturel et subjectif, variable selon l’époque et le contexte social, qui détermine ce qui est permis, attendu ou valorisé chez un homme ou une femme. »

    Être un homme, qu’est-ce que ça signifie?

    Plusieurs travaux se sont déjà attardés à cerner le construit de la masculinité afin de dégager ce qui est socialement attendu des hommes. Une analyse de l’American Psychological Association a d’ailleurs examiné les liens possibles entre les normes de genre masculin et la santé mentale et ce, à partir de 78 études impliquant 20 000 hommes.

    Pour compléter cette étude, ils ont ainsi identifié 11 normes reconnues comme typiquement masculines :

  • le désir de gagner
  • le besoin de contrôle émotionnel
  • les comportements téméraires
  • la violence
  • la domination
  • l’importance du travail
  • la recherche de statut
  • le dédain de l’homosexualité
  • la promiscuité sexuelle
  • l’indépendance
  • le pouvoir sur les femmes
  • Et quels liens ont-ils découverts? Leur analyse a en fait mis en lumière que plus les hommes se conforment aux normes sociales de masculinité, plus ils sont susceptibles de vivre du stress, de la détresse psychologique et des problèmes de santé mentale. Par ailleurs, la conformité aux trois dernières valeurs de la liste – la promiscuité sexuelle, l’indépendance et le pouvoir sur les femmes – sont corrélées de façon encore plus forte avec la détresse psychologique.

    Comment les hommes expriment-ils leur détresse?

    Les normes de genre n’ont pas une influence que sur la présence de détresse psychologique mais également sur la façon dont elle s’exprime ainsi que sur les comportements qui en découlent.

    En effet, on enregistre, depuis plusieurs décennies, des différences significatives sur la présence de dépression entre les hommes et les femmes. Alors qu’on a longtemps pensé que les femmes étaient plus affectées par la dépression que les hommes, des travaux (Roy et Tremblay, 2009) tendent aujourd’hui à montrer que la dépression serait en fait sous-diagnostiquée chez les hommes, car les instruments qui la mesurent ne prennent pas suffisamment en compte les différences de genre.

    Les hommes, comparativement aux femmes, exprimeraient des manifestations de détresse plus axées sur les plaintes somatiques, la fatigue, les difficultés reliées au travail, le retrait social et la consommation d’alcool et de drogues. Ils présenteraient également plus de comportements destructifs et se montreraient plus irritables et agressifs. Par ailleurs, les hommes sont plus nombreux que les femmes à « compléter » un suicide, notamment à cause de la violence des moyens retenus (pendaison ou arme à feu, par exemple).

    Comment le genre masculin affecte-t-il la réponse à la détresse?

    Cette expression de la détresse différenciée par le genre a des impacts à la fois sur l’entourage des hommes mais aussi sur les stratégies de ces derniers pour y trouver des solutions.

    D’une part, malheureusement, les comportements agressifs et irritables, plutôt que d’être compris comme des signaux de détresse, sont souvent confondus par l’entourage et les intervenants comme des marques de violence, ce qui provoque parfois des réponses plus punitives que soutenantes à la détresse des hommes.

    D’autre part, on constate également que les normes sociales entourant la masculinité découragent les hommes de demander de l’aide. En effet, comme on associe la masculinité à l’autonomie et à l’indépendance, les hommes sont moins enclins à accepter et à demander du soutien. Selon les données d’une étude :

  • 92% des hommes ne vont pas chercher d’aide, car il ne veulent pas se sentir contrôlés;
  • 85% tentent de résoudre leurs difficultés par eux-mêmes;
  • 60% hésitent à recourir à de l’aide;
  • 45% se disent agacés lorsque quelqu’un cherche à les aider spontanément.
  • Comment mieux aider les hommes?

    Les travaux ayant permis de cerner les effets du genre sur la santé mentale permettent également d’entrevoir des interventions spécifiques et adaptées à la réalité des hommes.

    Effectivement, on comprend maintenant que plusieurs hommes répondent moins bien aux approches thérapeutiques traditionnelles. On suggère ainsi de privilégier des approches brèves orientées sur les solutions, car elles offrent un cadre clair, concret et structuré, qui leur conviendrait mieux, et sont axées sur les forces plutôt sur les problèmes. Par ailleurs, Beaulieu-Bourgeois et Brodeur (2011) ont observé, dans leur expérimentation auprès d’hommes suicidaires, que ceux-ci réagissent mieux aux interventions rapides, à très court délai. En effet, la réponse à une demande d’aide d’un homme a plus de chance de donner suite si elle immédiate qui si elle comporte un délai d’attente. Finalement, les hommes qui s’identifient aux rôles masculins traditionnels réagiraient mieux aux approches de d’entraide de groupe qu’aux thérapies individuelles.

    Par ailleurs, les ressources d’aide pour les hommes ont traditionnellement été moins nombreuses que celles pour les femmes et ce, malgré la publication du Rapport Rondeau, il y 12 ans, qui identifiait déjà le besoin de se pencher sur les besoins des hommes. Pour combler cette lacune, le gouvernement a annoncé, en 2016, la sortie éventuelle d’un plan d’action pour la santé et le bien-être des hommes qui devrait s’orienter autour de 3 priorités :

  • la prévention et la promotion de la santé masculine;
  • l’adaptation des services offerts aux hommes;
  • la recherche.
  • Comprendre pour sensibiliser

    La journée de sensibilisation à la santé mentale des hommes, le 13 juin prochain, s’avère donc une occasion parfaite pour diffuser les données issues des différents travaux sur les effets du genre sur la détresse et les comportements des hommes. En comprenant mieux comment les rôles traditionnels amènent plusieurs hommes à s’isoler lorsqu’ils vivent des difficultés, peut-être pourrons-nous mieux nous adapter à cette réalité et offrir des réponses plus adéquates.

    Références

    Beaulieu-Bourgeois, Marie-Louise et Brodeur, Normand (2011). Agir de façon proactive auprès des hommes suicidaires : analyse d’une intervention novatrice, Intervention, 135 (2), 40-49.

    Roy, Philippe et Tremblay, Gilles (2009). Recension des écrits sur les critères de dépistage de la dépression chez les hommes, Fiche synthèse, Connaissances, 4, Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes.

    À propos de l'auteure

    Émilie Lemire Auclair

    Émilie Lemire Auclair

    Travailleuse sociale et consultante en santé mentale, j’ai pu constater, au fil de mon parcours, à quel point une attention portée à la santé mentale au travail constitue une réelle plus-value, tant pour le bien-être des individus que pour le développement des organisations. L’atelier des points d’équilibre est une occasion, pour moi, d’échanger avec vous autour de ce qui construit une bonne santé mentale : nos forces individuelles, les relations que nous tissons, les organisations dans lesquelles nous nous impliquons et la société dans laquelle nous évoluons. Arrimer toutes ces pièces de casse-tête est au coeur de mon travail. J’espère pouvoir vous transmettre ma passion pour cet art à la fois complexe mais tellement stimulant!






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